Maurice de VLAMINCK (1876-1958).Péniches sur la Seine, 1908.
18 juin 2021
Émile Othon FRIESZ (1879-1949).Le Jardin d’Eden, 1907.
18 juin 2021

Exceptionnel album de 30 peintures indiennes relatant les amours d’Amar Chattar et de Sundari Virda.

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Description

Le 12/06/2021

Exceptionnel album de 30 peintures indiennes relatant les amours d’Amar Chattar et de Sundari Virda.Pigments polychromes et or sur papier.Les peintures sont remontées dans un album européen en maroquin brun.Inde, style dit Moghol provincial, premier quart du XVIIe siècle.Dimensions : 24 x 17 x 1 cm.Provenance : – Ancienne collection Anglaise, XIXe siècle. L’un des premiers feuillets comporte une inscription manuscrite avec les initiales : « A. S. H. & C. S. I. » et la date en anglais « 19th Sept. 1877 ».- Collection Pierre Maurs (1908-2000). Ces 30 miniatures indiennes sont d’un style datable entre la fin du XVIe et le début du XVIIe siècle, dit style « Moghol provincial ». On y retrouve toutefois certains éléments spécifiques de la peinture de cour Moghole, notamment dans le traitement des arbres et des feuilles, des tapis et des fleurs. Stylistiquement, ces peintures sont comparables à un album connu, le Razmnama de Birla, daté de 1605. Pour un ouvrage dédié aux peintures du Razmnama, voir : Asok Kumar DAS (2005), Paintings of the Razmnama, The Book of War, Mapin Publishing.Les peintures de notre album mettent toutes en scène un personnage, vraisemblablement un haut dignitaire. Coiffé d’un beau turban brodé de fils d’or, il porte un vêtement clair laissant apparaître son pajama coloré, et une luxueuse ceinture sash à motifs floraux sur fond or dans un style typiquement Moghol. Le notable porte également nombre de bijoux : bagues, boucles d’oreilles, bracelets, colliers de perles et pendentifs sertis de pierres précieuses. Ces parures raffinées ne sont pas les seuls éléments qui témoignent du haut statut du personnage. Son évidente importance militaire est également démontrée par le riche décor des armes dont il est systématiquement muni : épées talwar, katars, arc et flèches, ou bagues d’archer. Son statut est également mis évidence par l’artiste qui le représente de bien plus grande taille que les autres personnages. Le héros est représenté dans des jardins à la végétation luxuriante. Sur l’une des miniatures, on peut noter la présence symbolique de Rama, héros du Ramayana. Sur d’autres, il est en présence de son amante, parfois représenté à genoux, au pied du lit de la jeune femme, ou encore enfilant un collier de perles pour sa bien-aimée. Toujours richement vêtue et parée, celle-ci est aussi représentée sur l’une des peintures implorant la lune dans un jardin florissant. Cette compilation de peintures de grande qualité semble donc être le récit d’une histoire d’amour entre un personnage d’importance, peut-être un souverain, et une belle jeune femme. Le texte original en Rajasthani, rédigé en écriture appelée ardhamukhi nagari, est malheureusement incomplet (vraisemblablement tronqué lors du montage postérieur des peintures en album). Des fragments de texte sont toutefois préservés dans la partie supérieure de certaines des miniatures. Il y est évoqué une histoire d’amour passionnelle entre « Amar Chattar » et la courtisane (« splendeur de la pleine lune ») appelée « Sundari Vrda ». Le héros Amar est décrit comme « brave et fougueux comme Arjuna », « brillant et lumineux comme Rama ». Il est écrit qu’« en songe, Raghunatha lui enseigne la perfection du tir à l’arc ». Son amante surnommée « Sundari » y est décrite comme « folle d’amour », et « à sa première rencontre, le prenant pour Ramachandra, elle se précipite pour lui baiser les pieds ». Le terme chattar, associé au prénom Amar pour désigner notre héros, signifie littéralement le parasol. En Inde, le parasol est un emblème royal et un symbole de pouvoir. Chattar semble donc ici être employé comme qualificatif, mettant en avant la qualité de souverain du personnage principal de cet album, Amar. En plus de cette appellation, qui n’est pas anodine, les caractéristiques physiques du héros sont très proches des portraits connus de la figure historique d’Amar Singh Ier (1559-1620). Le Maharana Amar Singh Ier, souverain du Mewar de 1597 à sa mort et personnage majeur de la période, fût un sérieux adversaire de la cour Moghole. Après avoir longtemps tenu tête militairement aux Moghols, Amar Singh fini par capituler au début de l’année 1615, signant un traité avec le Prince Khurram (le futur Shah Jahan), chargé de la Campagne du Mewar par son père, le Grand Moghol Jahangir. Asok Kumar Das, l’auteur du livre sur les peintures du Razmnama cité plus haut, évoque le départ de la cour d’un certain nombre d’artistes suite à l’accession au trône de Jahangir, en 1605. Le nouvel empereur remercia donc des peintres formés à la cour, qui se tournèrent vers de nouveaux commanditaires. Certains d’entre eux restèrent à la capitale pour se mettre au service de riches notables et collectionneurs, tandis que d’autres choisirent de migrer vers les cours provinciales, où les dirigeants dans leurs capitales respectives, encouragèrent une production artistique qui emprunte à la fois à la culture Moghole et aux goûts locaux. Plus intéressant encore, l’auteur cite explicitement parmi ces nouveaux commanditaires le Rana Amar Singh d’Udaipur, c’est à dire Amar Singh Ier, que l’on ne peut s’empêcher d’imaginer comme étant le probable commanditaire de ces peintures. Nous remercions Patrick Marceau Charton pour son aimable collaboration et son aide dans la lecture du texte qui accompagne les miniatures.